10.12.2008
Irène Némirovsky : Le maître des âmes

Quel beau titre de roman pour décrire la superbe manipulation à laquelle certains ou certaines se soumettent par faiblesse, par incapacité de résoudre leurs problèmes seul(e)s. Irène Némirovsky consciente du peu d'empathie que risquait de déclencher son personnage-vedette, sombre un temps dans le misérabilisme mais ce n'est que pour mieux camper la personnalité de l'être qu'elle va décrire.
Un petit levantin, traîne-savate las de ne pas gagner sa vie en exerçant sa profession va peu à peu dériver en direction de cette (bien souvent) pseudo-spécialité que l'on nomme : psychanalyse. Je ne dis pas que tous les psy' sont à jeter à la poubelle mais en regard du prix de leurs honoraires et de l'efficacité des résultats, disons que c'est le cas pour la plupart. Du reste, cette manie venue des U.S.A commence à avoir du plomb dans l'aile, ce qui n'était pas le cas à l'époque où commence l'action : durant les années 20.
L'auteur excelle à brosser le portrait de tous ces personnages pris pour la plupart dans la tourmente carriériste, portés par cette soif du paraître qui régit certains milieux. Parmi toute cette noirceur émerge le personnage de Clara, épouse plus que complaisante mais jamais coupable de ce singulier docteur Asfar.
L'instinct de conservation peut-il à ce point pervertir un individu ? Tous ceux qui ont connu des difficultés se vengent-ils de ce qu'ils ont vécu jadis ? J'aime à croire qu'il n'en est rien. L'amour immodéré de l'argent conduit aux pires excès, le fait s'est presque toujours vérifié. L'emprunt (sujet d'actualité) régit tout le déroulement de l'histoire. Eternelle confusion entre valeur réelle et valeur marchande. Ici, Irène Némirovsky nous fait visiter les coulisses de cette ascension exceptionnelle et si comme chacun sait, le plus difficile est de terminer un livre, elle y parvient avec une férocité inégalée.
Paru chez Denoël, collection Folio n° 4477
16:52 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
06.12.2008
Le Rajah Bourbon de Michel de Grèce

Michel de Grèce ... j'étais jusqu'à ce jour passée à côté de cet auteur et après avoir lu Le Rajah Bourbon, il me semble évident que j'aurais pu continuer à ignorer ses écrits assez mièvres, du moins pour celui-ci.
J'imagine que ses lecteurs doivent se recruter parmi ceux de Point de Vue, images du monde car sa seule utilité est de faire rêver quelques roturiers aux qualités utopiques et autres fastes périmés de la noblesse.
Le personnage principal serait (lui-même n'en est pas absolument certain) un fils caché du Connétable de Bourbon, frère d'armes de François 1er puis duc félon rallié à Charles-Quint, condottiere agresseur du pape, dont le fils se persuadera (dans un premier temps du moins) être né sous une mauvaise étoile ...
Bref, ce roman m'a paru être à l'ouvrage historique ce que l'opérette est à l'opéra.
Rien ne manque " pour faire pleurer Margot " comme on disait à une certaine époque. Ce Rajah Bourbon ira donc rejoindre sur une étagère la série des Angélique (*) que quelqu'un m'offrit un jour car l'écriture est du même tonneau, n'en déplaise à tous les Stéphane Bern, grands cireurs de pompes à particules devant l' Eternel.
(*) Anne et Serge Golon.
roman (à prétention historique) paru chez J.C.Lattès
17:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.10.2008
Odeurs du temps de Jean d'Ormesson.
Le bruit de la pluie aidant, j'ai donc terminé le d' Ormesson en cours, cette nuit.

(Odeur du temps, chroniques du temps qui passe) C'est plus ici l'ouvrage d'un journaliste que d'un écrivain. Comme Jean d' Ormesson a coutume de parler comme il écrit, disons que le langage employé n'est pas loin de celui qu'il destine habituellement aux radios et chaînes de télévision.
C'est enlevé, désinvolte, très pédantesque ce qui, équivaut à une mine d'or aux yeux de ceux qui sont en constante recherche de lecture. Car tout et tous y passent à peu de choses près. L'auteur insiste lourdement sur son passé khâgneux en cherchant à nous faire croire que ce privilège (encore un) équivaut à celui d'un doctorat ès facéties.
Le choix de la sélection d' articles parus dans le Figaro incomba (nous dit-on) à sa fille qui venait de créer sa maison d'éditions et à laquelle ce père aimant destina ce cadeau afin de " booster " le lancement. (Cet anglicisme lui déplairait, c'est la raison pour laquelle je l'utilise ... à chacun ses plaisanteries.)
Le côté le plus sympathique du personnage est constitué par le fait qu'il n'est pas tendre envers lui-même, n'hésitant pas à brosser son autoportrait sans chercher à en déguiser le ridicule, parfois. Certains ne l'ont pas aimé, (d'autres continuent ...), il le sait et ne triche apparemment pas avec la réalité.
Son esprit colonialiste me dérange, certes mais si l'on veut bien raisonner un peu comment reprocher à cet être à particule d'être de droite ? C'est sa famille, c'est son clan. Je trouve mille fois plus pernicieux de constater qu'un membre issu de la classe ouvrière (oui, je sais, le terme est paraît-il, tombé en désuétude) disons d'origine modeste, affiche des idées réactionnaires. J'ai croisé maintes fois des renégats de cet acabit, que je n'ai pas ménagés, comme vous pouvez l'imaginer.
Cela dit, il convient de rester circonspect quand ce membre de l'Académie française joue la carte de l'admiration débridée pour un autre écrivain, je ne parierais pas alors sur sa sincérité absolue car il est évident qu'il s'auto-admire plus que tout. L'ouvrage contient quelques répétitions un peu agaçantes lorsqu'il s'agit d'anecdotes qu'il nous a déjà destinées mais les vieux combattants ont toujours eu cette manie. Je me suis souvenue de mon père qui faisait fuir tout le monde quand il commençait à parler de Sa guerre. Une vraie terreur rétrospective !
Lisez ce livre, qui coule comme eau de source, c'est agréable et on y apprend beaucoup de choses ...
Editions Héloïse d'Ormesson, collection : Pocket 13549
Photo, Arnaud Février.
09:46 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.09.2008
BISMARCK FONDATEUR D'EMPIRE, par Emil Ludwig
Ce dont souffre le plus l'époque actuelle, c'est de l'absence de grandes figures.
A contrario, le XIXème siècle en fut intensément peuplé.
De même qu'il n'est pas rare que l'amour s'accommode de la haine, on pouvait alors avoir de la considération pour celui qui personnifiait l'ennemi, dans la mesure où son envergure justifiait semblable sentiment.
Quel homme fut plus détesté et plus admiré que le prince Otto von Bismarck ?
La réunification de l'Allemagne, sa grandeur furent son oeuvre personnelle.
Il employa pour parvenir à ses fins, tout à tour la diplomatie et la guerre.
Or pour lui, l'ennemi était tant à l'intérieur qu'en dehors des frontières qu'il avait élargies. Monarchiste convaincu, il n' hésita pas à s'opposer aux catholiques, à une partie des libéraux et au mouvement social-démocrate qui venait de naître.
Parallèlement, il institua une retraite obligatoire et fut l'instigateur d'une assurance santé et accident destinée aux travailleurs, ce qui lui permit de calmer la classe ouvrière, la dissuadant du même coup de rejoindre le mouvement socialiste. Car c'était un stratège avant tout !
Tout au long des 125 pages de ce livre, Emil Ludwig énumère les actions de cet homme que nos biographes actuels peineraient sans doute à évoquer en un volume d'une capacité double ou triple. Vous en fournir un résumé est d'autant plus difficile. Sachez seulement, si vous ne le saviez déjà que Paris assiégé depuis le 19 septembre 1870 suite aux défaites successives de Mac-Mahon et de Bazaine, Napoléon III déchu de ses droits ... la proclamation de l'empire allemand aura lieu à Versailles (...) le 18 janvier 1871 et le discours sera bien entendu, prononcé par Bismarck s'exprimant au nom de Guillaume 1er. qui lui devait tout ou presque.
Dix jours plus tard Paris exangue, capitulera et l'armistice franco-prussien sera signé. Il faudra attendre le 18 mars pour que le peuple parisien se révolte et proclame la Commune de Paris. Adolphe Thiers se chargera de la suite ...
Flammarion, Collection " Hier et Aujourd'hui " édition : 7-1933.
11:15 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
27.07.2008
La Chatte Rouge de Jean-Pierre Chabrol
Comme vous pouvez le constater, le bouquin a souffert ... Les outrages du temps d'abord, le côté gauche est tout jauni ne parlons pas des pages qui semblent avoir effectué un périple à Venise tant elles sont gondolées du fait des lances de pompiers. Enfin ! il est quand même passé au travers de tous ces outrages, y compris des miens habituels car je ne sais lire un livre sans en casser la tranche ce qui permet à un oeil avisé de déterminer en arrivant chez moi ceux qui furent lus ou non. J'aggrave mon cas en surlignant le contenu d'abondance, ce qui explique ma préférence pour les formats de poche alors que je dédaigne les livres reliés qui bénéficient d'un respect distancié créateurs de doublons.
Mais je ne me déferais pour un Empire ni des uns ni des autres, bien entendu !
En fait, celui-ci faisait partie d'une série que je m'étais procurée dans la perspective d'interviewer l'auteur qui se produisait au Théâtre Grévin en février 1988, le billet d'invitation se trouvait toujours dans le livre ...
En règle générale, les auteurs se plaignent des journalistes qui ont coutume de leur poser des questions bateau sans avoir lu une seule ligne d'eux.
J'ai donc voulu pallier une éventuelle vachardise mais étais encore en dessous de la réalité.
Jean-Pierre Chabrol à l'époque, donnait des cours aux élèves journalistes de la rue du Louvre, c'est du moins ce qu'il m'apprit en me voyant brancher le Marantz que j'utilisais à l'époque. J'ai commencé à faire de la radio fin 83 et traqueuse de tempérament n'avait pas une grande expérience de ce genre de situation que je rôdais à la fois sur le tas et sur le tard ...
Histoire de me complexer à mort, le bonhomme ajouta même (je cite) " Jacques Chancel est le plus mauvais journaliste de France " - Je m'étonnais bien entendu et il me précisa aussitôt : " Vous n'avez pas remarqué qu'il ne pose que des questions fermées ? " C'était pourtant vrai mais j'avais oublié de lui dire que mes " interviews " étaient en réalité des entretiens ce qui présupposait un minimum de sympathie réciproque. Cà commençait mal ...
L'échange se déroula malgré tout à une anicroche près car j'avais malencontreusement posé une question ... "fermée" et il me rétorqua aussi sec,
- " Qu'est-ce que vous voulez que je réponde à ça ? "
Paix à ses cendres mais c'était tout de même un fameux putain de salopard !
Voilà pour l'homme. Le conteur lui, était excellent et l'auteur maintenant que le temps a passé m'arrache des éclats de rire (et non de dire) de chapitre en chapitre.
Les halles actuelles n'ont plus aucune ressemblance avec ce qu'elles furent jadis. Cet endroit qui abrita si l'on remonte très loin dans le temps, la célèbre Cour des Miracles, où tourna le pilori ce, du règne de St-Louis, jusqu'à la Révolution ... comportait une (et sans doute plusieurs) taverne(s) galante(s) que d'aucuns nomment bordel, celle-ci, baptisée La Chatte Blanche sous l'ancien régime, devenue La Chatte Rouge après que la Bastille eût été prise. (Les anglais n'ayant strictement rien à voir dans l'histoire)
L'action se situe après la dernière guerre alors que les jours de cette sorte d'établissement étaient comptés du fait de la dénommée Marthe Richard.
Là, s'y chantait depuis le XVème siècle,
" Venez en aide aux pauvres dames !
" Sans la baguette d' Adam,
" Leur chemise brûle ... "
Et comme Eros et Thanatos vont toujours de pair,
" A la Fontaine des Innocents,
" Lonfa maluré dondaine
" La mort rit de toutes ses dents,
" Lonfa maluré longtemps ... "
La rue de la Grande Truanderie se situe toujours à l'angle de l'église St-Leu car jadis il n'était pas rare qu'un bordel fut accolé à une église. Allez savoir pourquoi ?
Bref, Jean-Pierre Chabrol nous décrit avec truculence cet univers où " la chaleur des misères qui transpire, pue mais ne se vend pas. " en dehors du métier, bien sûr ...
Voici une petite anecdote pour vous donner un faible aperçu du ton employé,
- " Vous connaissez le marchand de parasols ?
- " Oui.
- " Et bien, il vend des parapluies maintenant !
- " Y' a du malheur pour tous. "
Et 276 pages de bonheur assuré !
Après, on viendra me dire que je suis rancunière ...
17:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






